Shanghai Cycle Show : ce que j'ai vu sur le plus gros salon vélo du monde (et pourquoi il faut arrêter de regarder les marques chinoises de haut).
Quatre jours sur place, quinze halls de la taille d'un terrain de foot chacun, et la sensation très claire d'être encore loin d'en avoir fait le tour.
Le Shanghai Cycle Show, c'est tout simplement le plus gros salon vélo de la planète. Tous les fabricants de cadres, de moteurs, de batteries, de transmissions, de pièces, d'accessoires y sont.
Tout ce qui se passe dans le vélo passe d'abord par ici. J'y ai même croisé Mike Sinyard, le patron de Specialized, en train de faire ses courses dans les allées comme tout le monde.
Et c'est exactement ça qu'il faut comprendre pour saisir le salon : à Shanghai, on ne lance pas de produits, on ne fait pas de relations presse, on ne joue pas la com. Contrairement à Taipei, qui ressemble parfois à un salon « consommateur avancé », Shanghai est un salon strictement B2B. L'industrie vient y faire son marché. Et c'est ce qui le rend, je trouve, infiniment plus intéressant à observer si on veut comprendre où va le secteur.
Dans cette newsletter, je vais partager ce que j'ai vu sur le salon, les marques chinoises qui m'ont marqué, et surtout les grandes tendances de fond que j'en ai tirées.
Spoiler : il y a du bon, du moins bon, de l'horrible et de l'exceptionnel.
Et il y a surtout beaucoup, beaucoup à apprendre.
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La situation dans l'industrie du cycle est aujourd'hui particulièrement compliquée : stocks hérités du post-Covid, baisse de la demande, marges sous pression, concurrence du e-commerce qui s'intensifie.
Pour beaucoup de magasins, c'est devenu vital de sortir du lot.
Et pour sortir du lot, un patron de magasin doit être sur tous les fronts : commerce, communication, animation de communauté, réseaux sociaux, événements, partenariats locaux, visibilité.
C'est ce qui crée une vraie différence face à un site web.
Le problème, c'est qu'à côté de tout ça, il y a l'admin.
Stocks, relances fournisseurs, facturation, suivi client, tableurs qui s'empilent.
Et ça prend un temps fou — du temps qui manque pour faire ce qui compte vraiment.
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Première claque du salon : la qualité et la sophistication technique de ce qui sort aujourd'hui des ateliers chinois. On est très loin du cliché du « made in China = mauvaise copie ».
L'impression 3D titane est partout.
Le cas le plus impressionnant, c'est Laget, avec un cadre entièrement réalisé en fabrication additive titane, sans une seule soudure.
Une seule pièce, sortie de l'imprimante 3D métal, sur un plateau, désolidarisée des supports d'impression au marteau-piqueur.
Sur leur stand, on retrouve aussi des pédales, des manivelles, des axes de pédalier, des supports GPS, des embouts de guidon, des tiges de selle, tout en impression 3D titane.
Plus loin, S-Parts présente une visserie titane et des chariots de selle imprimés en 3D dont la finition est, sans exagération, magnifique.
Chez Incolor, on découvre des kits de visserie en Damas titane, et Samasi propose carrément une selle entièrement imprimée en 3D titane avec un rail intégré pour gagner en aérodynamisme.
Un exemplaire d'une selle créée par Samassi en impression 3D titane
Levier de frein en impression 3D titane
Les transmissions électroniques sans-fil ne sont plus l'apanage de Shimano et SRAM.
Sentyeh propose un assortiment complet de cassettes, dérailleurs et leviers électroniques pour la route, le gravel et le VTT — directement comparable à AXS.
L-Twoo présente des transmissions de contre-la-montre, route et gravel avec un niveau de finition très convaincant.
Wheeltop expose une tige de selle télescopique sans fil .
SeekRun pousse le bouchon plus loin avec une tige de selle télescopique sans fil pilotée par une app smartphone, qui permet de verrouiller la commande, de compter les cycles d'usage et de surveiller le niveau de batterie en temps réel.
Transmission électronique sans fil wheeltop
Transmission électronique chez Sentyeh
Les boîtes de vitesses intégrées arrivent.
Yueh présente une boîte de vitesse intégrée.
Wisco expose un vélo de descente magnifique avec une boîte à pignons. Ce sont des chantiers que toute l'industrie regarde, et la Chine y travaille avec sérieux.
La boite de vitesses chez Yueh
Sur le freinage, ça fuse.
Juin sort des étriers 4 et 6 pistons qui rappellent furieusement nos amis de Brembo.
Mais le vrai choc, c'est Lewis : étriers 6 pistons LHP+, AX Extreme 4 pistons avec ailettes de refroidissement, levier à réglage de point de contact et de ratio, et — la pièce maîtresse — un prototype de levier à ratio variable.
Le point de pivot du levier se décale au fur et à mesure de la course, ce qui transfère progressivement plus de puissance au piston. Plus on appuie, plus on freine fort. C'est une vraie innovation, pas une copie.
Le prototype de levier de frein à point de pivot virtuel chez Lewis
Côté moteurs e-bike, l'écosystème Avinox aspire le marché.
Vélos TeeWing, Velduro (marque néo-zélandaise fabriquée en Chine), et de très nombreuses marques émergentes l'intègrent. Quasi-omniprésent.
À ces grandes briques s'ajoutent des fourches inversées chez RST, des fourches 32 pouces chez GTMRK.
Au-delà de l'innovation pure, ce qui frappe c'est l'apparition de vraies marques chinoises premium, capables de tenir la dragée haute aux marques occidentales sur le design, la finition et la cohérence produit.
Quelques exemples qui valent le détour :
Camp présente un vélo dont le kit cadre se vend 5 150 € — on est sur du haut de gamme assumé, et la finition est au rendez-vous.
ALVAS expose un vélo de TT propre, bien fini.
Wissco sort un vélo de descente avec boîte de vitesses, bridge ajustable sur le triangle arrière, et une esthétique digne des meilleures marques européennes.
WinSpace affiche des ambitions de Tour de France.
Quick Pro sort un enduro/freeride et un cross-country d'une qualité de montage remarquable.
TeeWing propose un VTT à assistance électrique très bien équipé, et un high-pivot qui ne ferait pas honte à un catalogue Specialized ou Trek.
Subverse présente un vélo route convertible en e-bike : on enlève la batterie et la roue arrière, on perd 3 kg, et on bascule d'un mode à l'autre.
Dahon, qui se positionne comme concurrent direct de Brompton, sort des modèles carbone tout à fait crédibles.
Pardus monte des vélos full carbone avec des cockpits intégrés magnifiques.
Et il y a aussi les marques de composants qui méritent un coup d'œil sérieux : Light Carbon sur les roues gravel, CycPlus sur le powermeter compatible SRAM et Shimano et sur les home trainers connectés, SeekRun sur les tiges de selle, Tanke sur les manivelles usinées CNC.
La règle implicite est devenue : il faut désormais regarder produit par produit, sans préjuger de l'origine.
Le « made in China » de 2026 n'a plus grand-chose à voir avec celui d'il y a dix ans.
Évidemment, je ne vais pas vous mentir : à côté des belles marques, il y a beaucoup de copies. Certaines assumées, certaines à peine déguisées.
BatFox — oui, vous lisez bien — fait des suspensions qui ressemblent à s'y méprendre à du Fox.
Tanke copie quasiment à l'identique des fourches Fox, jusqu'aux traitements, à la couleur des boutons et aux références sur les fourreaux.
Difficile de ne pas reconnaitre l'identité visuelle Fox
Ici, c'est la Pike de chez Rock Shox qui a servi "d'inspiration"
Frog Wake s'inspire très fortement d'une marque anglaise de freins haut de gamme.
VOOK joue clairement la confusion avec Look.
La question de la propriété intellectuelle reste suspendue. Tant que ces marques restent confinées au marché chinois, le sujet est dormant. Mais le jour où elles voudront sérieusement attaquer l'Europe ou les États-Unis, les avocats de Fox, Look, Brembo et consorts seront prêts à dégainer. C'est une vraie variable à intégrer si vous envisagez de distribuer des marques chinoises chez nous.
Cela dit — et c'est là qu'il faut prendre du recul — il faut éviter de réduire le salon à ses copies.
C'est un travers facile, qui empêche de voir les vraies opportunités.
C'est probablement la tendance business la plus puissante que j'ai vue à Shanghai, et celle qui devrait intéresser tous les entrepreneurs qui lisent cette newsletter.
À Shanghai, vous pouvez littéralement créer une marque vélo de toutes pièces, du jour au lendemain. Vous arrivez avec une idée et un peu de cash, vous parcourez les allées, et vous trouvez tout ce dont vous avez besoin.
J'ai vu en passant une marque vélo qui s'appelle… Zidane. Il fallait oser.
Zizou?
Mais c'est exactement le principe : si vous voulez, vous montez une marque, vous mettez votre nom dessus, et vous la commercialisez. Le sourcing complet, de la pompe au cadre carbone, est disponible sur place.
Pour qui s'intéresse aux modèles d'affaires : c'est la preuve par l'exemple que le coût d'entrée sur le marché du vélo a chuté de façon spectaculaire. Là où il fallait, il y a vingt ans, des millions pour lancer une marque, on peut aujourd'hui partir avec un capital très réduit, une vraie proposition de valeur (différenciation marque, distribution, communauté, niche), et des fabricants chinois qui font le travail technique. C'est exactement le même mouvement qu'on a vu dans la cosmétique, le DTC food, ou la mode. Le vélo y arrive maintenant.
C'est une opportunité énorme pour les entrepreneurs, et c'est probablement aussi une menace stratégique majeure pour les marques historiques européennes, qui voient leurs concurrents potentiels se multiplier à un rythme inédit.
Petit détail mais lourd de sens : sur le salon, j'ai croisé plusieurs créatrices de contenu chinoises en live-streaming sur leur stand. L'une d'elles, dont je n'avais jamais entendu parler, totalise probablement 12 millions d'abonnés sur les réseaux sociaux chinois.
C'est un univers parallèle, totalement opaque depuis l'Europe, mais qui pèse économiquement très lourd. Les marques chinoises savent déjà déclencher des volumes de vente énormes en s'appuyant sur ces créateurs. C'est un savoir-faire marketing qui, le jour où il s'exportera, va faire mal.
L'autre signal faible à ne pas manquer : des marques occidentales commencent à revenir sérieusement en Chine. J'ai discuté avec Jeff Steber, le fondateur d'Intense, sur son stand. La marque s'expose au salon de Shanghai pour la première fois depuis plusieurs années, avec un distributeur local. Après une période de survie post-Covid, ils lancent leur nouveau Spyder, un nouveau Taser, et veulent à nouveau attaquer le marché mondial. Et la Chine est désormais identifiée par Intense comme un marché VTT émergent à très fort potentiel.
C'est un retournement intéressant : la Chine, longtemps perçue comme une usine, devient aussi un débouché premium pour les marques de niche occidentales.
Si je devais résumer ce que m'a appris ce salon, voici les sept points que je garderais en tête :
La Chine n'est plus un atelier, c'est un écosystème complet. R&D, design, fabrication, marketing, distribution : tout est sur place.
L'innovation chinoise est réelle, en particulier sur l'impression 3D titane, le freinage et les transmissions électroniques sans fil.
Les marques chinoises premium existent (Lewis, Laget, Wissco, Quick Pro, TeeWing, Subverse…). Il faut les juger sur pièce, pas sur leur origine.
Les copies n'ont pas disparu, et resteront un casse-tête juridique pour quiconque voudra distribuer en Europe.
La barrière à l'entrée pour lancer une marque vélo s'est effondrée. Shanghai est un guichet unique pour entrepreneurs.
Le marketing chinois (live, créateurs, plateformes) est une bête à part, déjà industrialisée, encore largement inconnue chez nous.
Les marques occidentales recommencent à voir la Chine comme un marché, pas seulement comme une usine.
Le message le plus important, et celui que je voudrais qu'on garde : arrêtons de regarder les marques chinoises de haut.
Oui, on peut sourire devant un Bat Fox ou un vélo en forme de panthère.
Mais pendant qu'on sourit, des dizaines de marques chinoises travaillent, observent ce qui marche, ce qui ne marche pas, et progressent à une vitesse impressionnante. Tous les industriels avec qui j'ai discuté me l'ont confirmé : la qualité n'a fait qu'augmenter ces dernières années.
Ces marques vont arriver chez nous, qu'on le veuille ou non, avec des produits de mieux en mieux finis, et probablement à des prix plus accessibles. C'est une excellente nouvelle pour les cyclistes. C'est un défi stratégique majeur pour l'industrie européenne. Et c'est probablement aussi, pour celles et ceux d'entre vous qui réfléchissez à une reconversion ou à un nouveau projet business dans le vélo, le bon moment pour aller à Shanghai et ouvrir les yeux.
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